Les faits papillon

novembre 9, 2009

 » En ces temps de tromperie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire  » – Georges Orwell.

Filed under: Uncategorized — lesfaitspapillon @ 12:02

Une fois n’est pas coutume, le mur de Berlin s’est écroulé pour la deuxième fois. Naturellement, nous sommes tous berlinois…Pour l’occasion, arrête ta musique et accorde-toi quelques minutes sur ces lignes.

Je t’épargne les dernières notes musicales qui s’offrent à ton ouïe si elles font vibrer Michael Jackson. Parce que, depuis sa mort, nous sommes inexorablement devenus ses fans. C’est aussi étrange qu’il y a quelques années, nous étions tous des enfants, ceux qu’il « aurait» violés. Avant la temporaire fascination à l’égard du « dieu de la pop », nous étions Iraniens. Tu te souviens? Nous brandissions tous des pancartes imprégnées d’un virulent mais juste « Where is my vote? ». D’ailleurs, avant de s’en émouvoir, nous nous mouvions d’un pas ferme vers la sortie du bâtiment de l’ONU lorsque Ahmadinejad prit le micro à Genève.

Toujours pas? Laisse-moi te rafraîchir la mémoire. J’ignore si je t’avais dit, mais entre ce moment où la Mère-patrie nous a ignorés et notre adoption par Michael Jackson, quatre millions de morts ont péri dans une guerrilla sauvage qui met encore à feu et à sang le Congo. A ce propos, que devient le Tibet? Quelle démocratie profite aux Afghans? Quelle paix désarme les Irakiens? Dans quelle piscine nagent les rescapés du tsunami?

Peu importe, aujourd’hui nous sommes Berlinois, c’est Berlin et uniquement Berlin qui nous intéresse. Berlinois parce que citoyens du monde à ce qu’on dit. Ce citoyen du monde qu’on prétend être demande une nationalité aussi vite qu’il la renie pour se faire naturaliser ailleurs, là où on veut bien attirer son attention. Il était Tibétain hier, Berlinois aujourd’hui et sera peut-être Américain demain. Il est apte à détailler les étapes de la mort du roi de la pop mais ignore quand l’âme de son son grand père s’est éteinte. Ce citoyen du monde abolit aujourd’hui le mur de Berlin, mais se rend complice d’autres murs encore en érection entre les riches nord-américains, et les faces de tortillas; il contemple au loin le mur qui sépare les barbares palestiniens des civilisés israéliens; il s’est même arc-bouté au sommet du mur qui déchire les deux Corée. Mais de temps en temps, entre deux vacances en cinq étoiles au Maroc ou au Sénégal, il lui arrive de s’indigner des corps échoués sur les rochers qui jalonnent le mur séparant l’Afrique de l’Europe, l’Enfer de l’Eldorado.

Depuis trop longtemps on s’est drapés d’une généreuse prétention à la fraternité. Maintenant, comme moi, te voilà nu(e). On n’est citoyens du monde qu’à nos heures perdues. Nos heures vivantes sont réservées à notre microcosme. Parce qu’à la vérité, on a oublié de penser avec notre cœur ce que nos yeux voient et nos oreilles entendent à longueur de journée. On a même oublié de penser à ceux qu’on ne voit pas, à ceux qui, dans la nécessité, rêvent d’un remède face à notre cécité. On a oublié de penser par nous-mêmes, preuve en est qu’on nous dicte à quoi penser. Forcément, si on nous sert à manger notre lot de fausses culpabilités au quotidien, il faut sans cesse rééquilibrer les dosages. Hier c’était une guerre ou un attentat, demain ce sera le bikini de Carla Bruni.

Et après demain, qui sait, peut-être qu’on pleurera l’infarctus qui a insidieusement pris pour cible les quelques cœurs pourvus du sens de l’Histoire, du sens des valeurs. Ceux qui, à défaut d’avoir, quêtent le sens de l’être.

Moussa

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5 commentaires »

  1. Moussa : ❤

    Une actu en efface une autre, on s'indigne 5 min pour une cause et puis on zappe et reprend finalement notre train train habituel. L'hiver arrivant, on va denouveau s'allarmant pour les SDF qui ne manqueront pas de mourir de froid, nous montrant que notre france n'est pas si belle et que tous les jours des gens crèvent dans l'indifférence. Sauf que c'est l'été que la situation est souvent pire pour eux, délaissés et oubliés parce que comme il ne fait pas froid on ne s'interesse pas à eux. Comme pour ce qui se passe au Congo, comme le Yémen, comme tous ces pays qui ne font pas assez vendre et dont on ne parle pas. Ou ceux dont on parle mais où on oubli trop vite la situation.

    La faute au média, la faute à notre société basé sur la consommation de masse et où rien ne dure. La faute à nous même qui gobons tout, sans réfléchir. J'ai envi de reprendre la phrase de Ayse : "éteignez vos télés, allumez vos cerveaux".

    Personnellement bientôt j'agirais encore plus concrètement, mais en attendant, je regarde lentement mon pays s'engluer dans la bétise,et je trouve ça triste.

    Commentaire par Emy — novembre 9, 2009 @ 1:18 | Réponse

  2. Un article tellement bien écrit et tellement criant de vérité. ça fait tellement plaisir de te re lire…(oui trois fois tellement)

    Commentaire par Souhir — novembre 25, 2009 @ 9:23 | Réponse

  3. C’est le pouvoir des médias, omniprésent…
    Excellent article.

    Commentaire par Memaliah — novembre 26, 2009 @ 1:09 | Réponse

  4. merci pour l’article

    Commentaire par patrick — avril 13, 2010 @ 10:08 | Réponse

  5. Pas encore… le peuple n’a pas encore dit son dernier mot.

    Ne perdez pas espoir.a

    Penseur, Rêveur, idéologue, traqueur d’imaginaire, élevons les consciences.

    http://artgrove.com/manifesto
    Art Makers + Art Lovers= Art Grovers

    Commentaire par artgrover — janvier 13, 2014 @ 7:42 | Réponse


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