Les faits papillon

novembre 25, 2009

 » Quitte à chanter quelque chose, je chantonne l’humanité  » – Rocé.

Filed under: Uncategorized — lesfaitspapillon @ 10:03

Plus d’une fois la Marseillaise a été sifflée, et plus d’une colère autour de nous a résonné. Gardons la tête froide, et chantons l’hymne en silence, quitte à interdire le stade à ceux qui, imprégnés d’ « odeurs », font du « bruit ».

Comme la plupart de ceux qui ont sifflé la Marseillaise, je suis Français. Comme certains d’entre eux, mon teint porte en lui des couleurs d’ailleurs. Beaucoup s’attardent sur ces couleurs d’ailleurs quand elles se mélangent à une mélanine d’ici. Et puis si c’est pas la paralysie que ce teint provoque, c’est la curiosité. Une fois le pied levé depuis les « barres d’immeubles de chez nous » pour atterrir chez les « autres », la curiosité se fait dévisager sur fond de méfiance. Elle, elle se crispe discrètement sur son sac à main et se décide innocemment à changer de trottoir. « T’es parano », voilà la réponse. Lui, il a appuyé sur la fermeture centralisée. Permets-moi de douter quand la paranoïa se conjugue à autant de coïncidences.

A l’étonnement et la curiosité, succède naturellement la suspicion. Rouler en voiture ou marcher à pieds ne changera rien, c’est le traditionnel contrôle d’identité. Histoire de te signifier qu’on n’est pas sûr que tu ressembles à « Nous », histoire de te dire que t’as des cheveux à lisser et une peau à éclaircir. Tu te fais finalement à l’idée que t’es un Usual suspect, mais t’as pas la jambe qui va avec. Pour ton bien, évite de parler de « blanc », car ceux aux yeux de qui tu es un « arabe », un « jaune » ou un « noir », le prendront mal.

Avant toi, tes parents portaient en eux les germes de la suspicion. Manque de pot, t’en as hérité par procuration. Depuis combien d’années triment-ils pour trouver un logement? Et quand ils le trouvent, combien de temps encore pour le rendre décent? Le miroir de l’illusion vole en éclats quand on s’aperçoit que tu manies mieux le verbe que la génération de tes parents, quand on s’étonne que t’aies intégré un lycée où t’as eu ton Bac. Et je t’épargne les yeux globuleux auxquels les miens font quotidiennement face quand je me trouve obligé de jurer que je suis à Sciences Po. « Wallah que c’est vrai », leur dis-je. Paraît que c’est tellement peu probable.

Peu probable comme le fait de savoir parler le Français, de l’écrire sans faute, comme le fait d’entreprendre les mêmes études que certains « blancs », comme le fait de vouloir s’amuser en boîte sans agresser, comme le fait de rouler dans une voiture sans l’avoir volée, comme le fait de passer les frontières d’une France à deux vitesses sans être arrêté, comme le fait de répondre « je viens d’ici » à la question « tu viens d’où? », comme le fait de désirer un logement pour y vivre décemment, comme le fait de prétendre à des emplois dévolus aux autres, aux Français. A vrai dire, c »est tellement peu probable…

Si, comme beaucoup tu dénonces ces mal-éduqués qui me ressemblent tant et sifflent la Marseillaise, condamne avec la même fermeté la Mère-patrie qui les siffle quotidiennement.

Moussa

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4 commentaires »

  1. Bravo Mouss. Je mreconnais bien là. Et jpeux te dire que des yeux globuleux yen a pas mal la où jsuis. Le regard qu’on nous porte, à lui seul pour moi nous donne le droit (si c’est pas un devoir) de siffler cet hymne (aparemment pas le mien) comme je sifflerais Marianne dans la rue, tiens! (mais bon, de tte facon elle aurait changé de trottoir)

    Commentaire par B4D15 — novembre 25, 2009 @ 8:26 | Réponse

  2. Certainement, mais beaucoup de ces stéréotypes systématiques sont je pense désormais dépassés. Y’a du boulot à faire des deux côtés, à commencer par convaincre les jeunes que leurs échecs ou le comportement des gens, ne peuvent pas être systématiquement expliqués par une intolérance à la mélanine. Les premières barrières ils se les mettent seuls,  » moi faire ça? y’a que des blancs… j’ai pas ma chance. » Oui mais si t’essayes pas… Le vide de l’inconnu ces gens le remplacent par une identité qui n’est pas notre. Faut dire qu’ils sont comme nous un peu habitués à cette image.
    En même temps je me dis que de la même manière qu’ils nous identifient à leur sauce, à différente échelle chacun de nous en fait de même, sauf que la raison de l’identification n’est pas raciale, elle est sociale, ou professionnelle.
    Bref, y’a des ignares partout, à nous de faire en sorte de s’imposer par le talent et les compétences. Et quand bien même les portes seraient fermées, comme disait un Cheikh les épreuves forment les leadeurs.

    Commentaire par Assiba — novembre 25, 2009 @ 9:06 | Réponse

  3. Moi j’dis que c’est une force que les « blancs » n’ont pas. Une motivation en plus. Un truc qui te démange l’esprit et te donne envie de les faire taire.
    Alors Hamdoullah, je ne suis pas une blanche, au moins ma réussite sera surprenante 😉

    Commentaire par eetzmiiine — novembre 29, 2009 @ 5:14 | Réponse

  4. Ce texte est beau. C’est fou.
    Je te raconte pas les yeux globuleux auxquels j’dois faire face quand on me croise avec ma mère qui est « blanche » .. mon teint serait veritablement beaucoup trop marron pour qu’elle et moi on est une quelquonque filliation.
    Peu probable que les chiens face des chats .. apparement.
    Tcheeeek ça. 🙂

    Commentaire par Céliaaaaaaa — janvier 13, 2010 @ 12:46 | Réponse


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